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Persécution des personnes LGBT du Burundi
Le CLGBT de Nantes interpelle le président du Burundi en visite à Nantes
Publié le mardi 12 mars 2013

Pierre Nkurunziza, président de la République du Burundi sera en visite officielle, à Nantes, le mercredi 13 mars 2013. L’occasion pour nous de dénoncer les agissements de ce chef d’Etat homophobe qui persécute nos amiEs LGBT du Burundi.

Communiqué de presse

Le Centre LGBT de Nantes s’émeut de la venue de Monsieur Pierre NKURUNZIZA, Président de la République du Burundi, à Nantes, le mercredi 13 mars 2013. En visite officielle, il sera reçu par Jacques AUXIETTE, président du Conseil régional des Pays de la Loire, collectivité qui entretient une coopération décentralisée avec le Burundi.

Dans un courrier adressé au président du Conseil régional, le Centre LGBT de Nantes dénonce les lois homophobes promulguées au Burundi depuis le 22 avril 2009 sous l’impulsion de Pierre NKURUNZIZA. En effet, l’article 567 du nouveau code pénal du Burundi punit les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe de 3 mois à 2 ans d’emprisonnement et d’amendes pouvant aller de 50 000 Francs à 100 000 Francs (32 € à 64 €).

Dénonçant les répressions dont les lesbiennes, les Gays, les bisexuel-le-s et les transexuel-le-s font l’objet au Burundi, le Centre LGBT rappelle également que ces pratiques sont très éloignées des valeurs d’égalité des droits et de lutte contre les discriminations portées par Jacques AUXIETTE et le Conseil régional des Pays de la Loire.

En mémoire de toutes les victimes de l’homophobie d’Etat pratiquée au Burundi, le Centre LGBT de Nantes attend de Jacques AUXIETTE qu’il agisse avec courage et détermination. Il l’invite, « à l’instar de nombreuses institutions et personnalités internationales, à bien vouloir demander à Pierre NKURUNZIZA d’abroger l’article 567 du code pénal de la République du Burundi ». Il lui demande également « de bien vouloir lui réitérer à quel point les valeurs de notre Région reposent sur l’égalité des droits et sur la lutte contre toutes les formes de discriminations, y compris l’homophobie ».

Centre LGBT de Nantes
Samedi 9 mars 2013

Lettre adressée à Monsieur Jacques AUXIETTE, Président du Conseil régional

Nantes le 6 mars 2013

Monsieur le Président,

Nous savons que vous êtes particulièrement attaché à l’égalité des droits ainsi qu’à la lutte contre toutes les formes de discriminations. Vous nous l’avez dit à l’occasion de l’inauguration de notre local, le 10 février 2012. Vous avez également fait inscrire ces notions dans de nombreux documents du Conseil régional des Pays de la Loire, dont « l’Engagement régional pour l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations – 2012/2016 » qui rappelle que cette volonté est déclinée à travers toutes les politiques que vous menez. C’est donc en toute logique que nous retrouvons ces objectifs inscrits dans les politiques internationales menées par la Région.

Sur ce volet international, vous avez développé de multiples coopérations décentralisées à travers le monde. Celles-ci sont répertoriées dans de nombreuses publications dont une, imprimée en juin 2012, s’intitule « Contribuer à un monde plus juste. L’action internationale de la Région des Pays de la Loire – Bilan et perspectives ». Lorsque nous la parcourons, nous ne pouvons que nous réjouir lorsque nous lisons, page 51 : « De même, pour imaginer une durabilité des actions engagées, celles-ci doivent avoir un effet au bénéfice de toute catégorie de la population et non d’un groupe plus ou moins déjà avantagé. Le partage des objectifs et des bénéfices des actions doit prendre en compte les plus éloignés de l’aide internationale et doit lutter positivement pour le rapprochement des peuples dans leur ensemble. Impliquer des handicapés, faire travailler ensemble des ethnies anciennement opposées, réunir hommes et femmes autour d’actions concrètes… tels sont des moyens efficaces de préparer l’avenir et de garantir un partage plus équilibré des actions. L’égal accès de tous aux services, aux ressources et aux droits fondamentaux, la promotion de l’équité, du respect et de la justice, l’apprentissage du « vivre ensemble » favorisent une culture de paix, terreau nécessaire au développement ».

Ces objectifs sont sans doute ceux que vous poursuivez dans le cadre de la coopération décentralisée qui existe entre le Burundi et la Région des Pays de la Loire, et nous reconnaissons la qualité du travail réalisé, notamment auprès des femmes atteintes de fistules, ou bien encore auprès des handicapés, très nombreux dans ce pays.

Cependant, nous souhaitons attirer votre attention sur la personnalité de Monsieur Pierre NKUNRUNZIZA, président du Burundi, que vous avez été amené à rencontrer, et que vous allez recevoir, dans notre Région, le mercredi 13 mars 2013.

En effet, le 22 avril 2009, Pierre NKURUNZIZA signait un décret promulguant un nouveau code pénal dont l’article 567 punit les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe de 3 mois à 2 ans d’emprisonnement et à une amende de 50 000 à 100 000 Francs (32 € à 64 €). Son décret confirmait la version votée à la mi-mars 2009 par l’Assemblée nationale, mais il contredisait celle votée par le Sénat, opposé à cet article 567, le 17 février 2009. Entre les deux votes, le Président de la République du Burundi suscitait de vastes manifestations homophobes à Bujumbura, capitale de son pays.

Aussitôt, un collectif de 63 organisations burundaises et internationales dénonçait le nouveau code pénal dans un communiqué diffusé par Human Right Watch (HRW). Outre l’atteinte aux droits fondamentaux, la pétition déplorait que « cette loi allait compromettre les efforts du Burundi dans sa lutte contre le sida, en marginalisant encore davantage une population à risque ».

Depuis la promulgation de l’article 567, le Président du Burundi a exprimé publiquement son homophobie, à plusieurs reprises. Ainsi, à l’occasion d’un voyage à Charlotte (USA), le 25 septembre 2011, il déclarait : « En considérant la Constitution de la République, notre Culture, la position des différents pays africains, sans oublier les Saintes Écritures, nous ne pouvons pas permettre que l’homosexualité soit légalement pratiquée au Burundi ». Il ajoutait : « Au lieu de pratiquer l’homosexualité, il est plutôt grand moment de travailler et de reconstruire notre nation tout en nous rassurant que nous faisons le tout dans l’amour de Dieu ».

Très fortement influencé par des courants évangélistes nord-américains ultra-conservateurs, Pierre NKURUNZIZA n’hésite pas, comme le font d’ailleurs ses voisins du Rwanda et de l’Ouganda, à désigner les homosexuel-le-s comme étant les responsables des maux de son pays. Nous ne pouvons développer ici les origines culturelles de l’homophobie, mais nous vous affirmons que le Président de la République du Burundi constitue un des spécimens les plus exemplaires en la matière. Et d’ailleurs, cela se traduit négativement dans la vie quotidienne des lesbiennes, des gays, des bisexuel-le-s et des transsexuel-le-s du Burundi.

Un seul exemple devrait révolter, nous le pensons, l’ancien proviseur que vous êtes. Le 7 juin 2011, le Ministère de l’Éducation nationale du Burundi introduisait, avec l’ordonnance n° 620/613 qui fixe les règlements scolaires, un article 9 dans le chapitre des sanctions. Cet article précise que l’homosexualité est une « faute qui mérite un renvoi et une non admission dans un établissement pour l’année en cours ».

Vous le voyez, en recevant Monsieur Pierre NKURUNZIZA, en Région des Pays de la Loire, le 13 mars 2013, vous accueillerez un homme dont l’homophobie est une obsession et dont les actes sont loin d’être conformes aux valeurs que vous défendez dans le cadre de vos politiques de coopérations décentralisées.

C’est pourquoi, à l’instar de nombreux pays et institutions internationales démocratiques, ainsi que de nombreuses personnalités, nous vous demandons, Monsieur le Président, de bien vouloir demander à Monsieur Pierre NKURUNZIZA, d’abroger l’article 567 du Code pénal de la République du Burundi.

Nous vous demandons également de bien vouloir lui réitérer à quel point les valeurs de notre Région reposent sur l’égalité des droits et sur la lutte contre toutes les formes de discriminations, y compris celles qui se nourrissent de l’homophobie.

En comptant très fortement sur votre courage et votre détermination, et en mémoire de toutes les victimes de l’homophobie d’État pratiquée au Burundi, nous vous prions de bien vouloir croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre considération distinguée.

Vincent DANIS
Président du Centre LGBT de Nantes

La réponse de l’association de défense des droits LGBT du Burundi en réaction au courrier adressé au président du Conseil régional des Pays de la Loire :

" De la part de MOLI, je vous transmet notre reconnaissance de l’action que vous allez entreprendre ainsi que toutes les autres connexes déjà entreprises. C’est toujours réconfortant, pour nous, de voir la lueur de l’Arc-en-Ciel se répandre et être entretenue a tout endroit dans/par le soutien de nos frères et sœurs lesbiennes, gays, bis et trans.
Tenez nous informez de l’évolution de la situation,
Bien de choses à vous,
Mouvement pour les Libertés Individuelles - MOLI "

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